Fin de la saison de chantier 2018 : Bilan humain/financier

Se faire sa maison, c’est une expérience ! mais la faire en chantier participatif c’est une sacrée expérience humaine. Pas toujours simple, souvent fatiguant mais sans regret.

Bilan humain

Sur notre chantier en ~4 mois (début juin à fin septembre), il y a eu plus de 90 personnes différentes qui sont venues nous donner un coups de main et qui sont restées entre 1 et ~10 jours. On n’a pas bougé de notre chantier de l’été, mais on a rencontré plein de gens chouettes 🙂

91 personnes sont passées donner de leur temps pour apprendre/échanger…

Dans les grandes lignes, j’ai estimé à plus de 340 jour-homme le temps de travail. Ce temps est approximatif, et prend seulement en compte le temps de travail sur chantier, il ne prend pas en considération le travail de recherche, de formation, lecture, recherche de matériaux et les temps de transports/logistique, qui sont pourtant non négligeables.

(Je me lance, je vais tâcher de n’oublier personne) Un grand merci à Jean-Yves, Brigitte, Françoise, Sergio, Nicolas, Juliette, Céline, José, Charlène, Guy, Diane, Irma, Philippe, Martin, Julie, Paul, Simon , Angélique, Hervé, Véronique, Robin, Max, Oscar, Laura, Bertrand, Sylver, Guillaume, Thomas, Sylvie, Mireille, Martin, Bernadette, Pascale, aurélie, Bencho, Alice, Toto, Erwan, Fred, Barth, Lolo, Antoine, Margot, Flo, Julie, Flavien, Clément, Didier, Louis, David, Loris, Pierre, Clément, Sarah, Audrey, Jess, Céline, Lalla, Patrice, Lidy, Pierre, Pauline, Barth, Jean-Marie, Romain Pineau, Camille P, Lionel, Mathias , Céline, Julien, Paule, François, Camille, Yuna, Franck, Louise, Hugues, Romane, Jean-Marc, Ambroise, Jérome, Christophe, Manu, Wiwi, Tifène, Aurélie, Cécile, Nico, Lucile, Rachel, Aurélie pour votre participAction, on n’en serait pas là sans vous ! MERCI !!!!

Petite stats (parce que faut bien en apprendre des choses) : voici par quel biais (la provenance) arrivent les gens et les durées sur chantier :

Bilan financier

A l’heure où j’écris ces lignes, le chantier n’est pas complètement terminé mais les achats sont faits à 98%. Il reste encore le clocheton à faire mais le plus cher (les fenêtres) est déjà dans le bilan, et pour les enduits de finition on a déjà tout ce qu’il faut, donc on est bon de ce côté-là. Du coup, je peux déjà dresser un bilan financier et j’ajusterai dans le futur…

Nous en somme à ~17 000€ TTC pour 40m² habitable

Bien sûr j’ai certainement oublié plein de petites choses, mais l’essentiel est là, j’ai pas non plus poussé le vice à garder les tickets d’essence quand on faisait les courses matériaux… hein…

Le détail c’est par là  :

Ce qui nous fait du ~425€/m² habitable. Là où une « maison contemporaine » en France est donnée pour 1200€/m² à  16000€/m² (source).  On m’avait conseillé de tabler sur 800€/m², donc je suis content. D’autant plus que j’ai pas fait de concession sur les performances du bâtiment. Les raisons pour que ce soit si peut cher :

  • Utilisation au maximum de matériaux bruts. Le bois de charpente par exemple est en bois rond, on a été le choisir en forêt, on a été le chercher, on l’a écorcé, huilé… ça fait une charpente à moins de 300€ on peut difficilement faire mieux. Idem pour la paille, les fondations, les enduits terre c’est quasi gratuit, la récup de tuile pour la toiture..
  • La forme ronde c’est 11% d’économie comme je l’ai déjà démontré dans cet article.
  • Quasiment pas d’engin : la mini pelle pour la tranché des fondations c’est un voisin et c’est le seul engin qui est intervenu sur le chantier.
  • Auto-construction de A jusqu’à Z. Choix de conception, permis de construire, construction… Très peu de pro son intervenu,

On peut faire moins cher ? Bien sûr, on peut toujours, faites-le :-p ! Par exemple : ça aurait été moins cher (gratuit) de mettre de l’enduit sous les bottes à la place des voliges (-2500€). Et on aurait pu faire beaucoup d’autres économies, mais peut-être au détriment des performances thermiques du bâtiment…

Chantier dalle terre crue, couche de corps

Dans notre paillourte, nous avons réalisé une dalle en terre crue. Cet article traite de la couche de corps (~7cm). Une couche de finition (~3cm) sera appliquée dans quelques mois, elle recevra un traitement naturel de surface durcissant. Si vous voulez découvrir la dalle en terre, une petite vidéo bien montée de la revue « la maison écologique » est disponible ici même.

Préparation

Tests

Des tests sont indispensables pour ce type de réalisation : la teneur en argile variant énormément d’une terre à l’autre, il me semble périlleux d’utiliser une recette trouvée dans un bouquin ou sur internet sans l’avoir testée préalablement (minimum 10 jours avant pour avoir une idée du résultat sec). Nous avons réalisé 3 tests de recettes en « maquette » (1m x 50cm). Il me semble judicieux de sélectionner celui qui n’a pas fissuré et qui a quand même une bonne cohésion (pas trop de grain de sable qui se détache en passant la main une fois sec).

Mise à niveau

Sous la dalle, il y a le Misapor (dont j’ai déjà parlé ici), nous l’avons mis de niveau avec mon super niveau à eau numérique (dont je me suis beaucoup beaucoup servi durant ce chantier), puis damé avec une plaque vibrante thermique louée 20€ la journée pour l’occasion.

Plots pour le lit mezzanine ++

On va se faire un lit mezzanine ++ en torchis. Vu que ça risque de peser et que les dalles en terre ne sont pas réputées pour la tenue à la compression, on a coulé des plots de béton chaux-sable-gravier dans des coffrages à l’endroit où descendront les poteaux. Les plots sont larges car pas si profonds (40cm x 40 cm x 20cm) parce que je voulais qu’il reste du Misapor en dessous, histoire d’avoir une continuité dans l’isolation et d’éviter les remontées capillaires.

Plots pour tirer la dalle de niveau

Pour poser une dalle de niveau, on le fait généralement à la règle de maçon. Pour une maison ronde, rien de plus naturel que de tirer la dalle en rond toujours… On s’est servi de chutes de la lisse basse, qui avaient la bonne courbe du mur, comme support pour la règle. On a coulé des plots (toujours en béton de chaux) – au niveau du sol attendu pour cette couche moins l’épaisseur de la lisse – qui servent de support à notre chute de lisse. Au centre un petit plot avec un rond (toujours découpé dans une chute de lisse pour avoir la même épaisseur partout).

C’est parti !

Notre recette :

  • 2 vol 8-16 graviers
  • 1 vol 4-10 graviers
  • 2 vol 0-4 sable
  • 1,5-2 vol de barbotine (eau+terre argileuse tamisée à 0-20) la barbotine était de texture crème dessert
  • Un peu d’eau mais pas trop

A ne pas reproduire sans test, lisez le début de l’article pour comprendre…

En sortie de bétonnière on prend une boule dans sa main, on la sert fort : les cailloux doivent se coller les uns aux autres, mais le mélange doit être à peine humide (on doit quand même sentir de l’eau dans sa main). En lâchant cette boule (~50cm de haut) :

  • Si ça se désagrège en 4, 5 morceaux c’est parfait
  • Si ça s’aplatit c’est qu’il y a trop d’eau
  • Si ça se pulvérise en autant de morceau que de gravier c’est que c’est trop sec

On vient déposer une 1ère couche au sol de 3-4cm, damée au pisoir, puis on remet une autre couche pour arriver aux 7cm. Ensuite la dalle est tirée à la règle (on bouge la règle de droite à gauche et on avance doucement). On en remet si on est en dessous et on retire le surplus. De là, on taloche pour resserrer / refermer les imperfections.

A noter que ce sont des dalles plutôt fragiles, pas très résistantes au poinçonnage, ni à la compression. On peu pas trop y marcher en talons hauts quoi, il vaut mieux y marcher pieds nus, ça tombe bien, j’aime bien l’idée de garder les pieds sur terre.

Merci à Diane, Wiwi, Tiphaine, Aurélie, Pierre, Robin, Irma, Philippe, Thomas, Charlène, Max et Jess pour leur aide à ce belle ouvrage ! 🙂

Temps passé : 21 jour-homme

Enduit terre, couche de corps

Les enduits en terre c’est magique, c’est beau, c’est doux (courbe) c’est agréable à faire, à vivre (ça régule l’hygrométrie d’une pièce), c’est LE matériau écologiquement soutenable (pas/peu de transformation, si la maison est démolie, la terre retourne à la terre)… Mais pourquoi est-ce qu’il n’y en a pas partout ?

Pour la paillourte le choix qui a été fait c’est :

  • Enduit terre-paille sur les murs intérieurs
  • Enduit terre-paille-chaux sur les murs extérieurs

Ajouter de la chaux dans le mélange pour les enduits extérieurs garantie une plus grande résistance aux intempéries et donc une plus grande longévité des enduits dans le temps. De plus, des débords de toit importants (entre 80cm et 1m20) sont prévus, toujours pour des raisons de longévité.

Pour qu’un mur fonctionne bien au niveau de la circulation de la vapeur d’eau (perspirance), il faut qu’il soit plus perméable à la vapeur d’eau à l’extérieur qu’à l’intérieur (afin que l’eau soit encouragée à sortir…). La chaux, en NHL2, (et selon plusieurs sources verbales) semble être quasi aussi perspirante que la terre. Par sécurité, nous avons fait un enduit terre-paille intérieur plus épais que l’enduit terre-paille-chaux à l’extérieur, afin de maximiser ce phénomène de circulation de la vapeur d’eau vers l’extérieur.

La terre que nous avons utilisée n’est pas la terre du terrain, elle arrive de chez des amis qui on creusé une marre. Après test, cette terre était suffisamment argileuse, mais pas très homogène. Il aurait été (encore plus) pertinent d’utiliser la terre des fondations mais nous l’avons étalée pour relever le niveau du sol. Nous aurions pu nous faire une cave mais notre terrain est gorgé d’eau ou creuser une marre mais nous n’en avions ni la place ni l’envie. Si vous êtes dans ce type de cas, il est aussi parfois intéressant de s’acoquiner avec un terrassier ou un constructeur de piscine pour le dépôt d’un semi de terre (quand on creuse une piscine ça fait pas mal de terre…). Eux doivent payer le dépôt donc si vous êtes pas loin d’un chantier, ça arrange tout le monde…

Mise en œuvre

J’ai entendu je ne sais plus où qu’en paille porteuse, il est pertinent de faire les enduits des 2 côtés du mur (intérieur-extérieur) en même temps, afin d’éviter qu’en séchant le mur tire d’un côté et donc se déforme. Après réflexion et si le risque de déformation existe, il serait plus pertinent de faire les enduits intérieurs bien avant les enduits extérieurs car les enduits intérieurs mettent beaucoup plus de temps à sécher.

Pour faire nos mélanges, on a utilisé un malaxeur (oui des esclaves énergétiques). J’ai même essayé à la bétonnière mais sans succès, le mélange est trop fibreux, trop collant, c’est hyper pénible. Je parvenais à le faire à la bétonnière mais en mouillant beaucoup (trop) le mélange, si bien qu’il fallait attendre qu’il sèche avant application, avec le malaxeur plus de problème. Notez qu’on peut se passer d’outil et le faire avec les pieds (ou les mains qui sait..)

Notez qu’il y a autant de façon d’enduire en terre que de gens qui enduisent, voilà comment nous on a fait.

Les tests

Tests d’enduit intérieur

Des tests sont indispensables pour ce type de réalisation : la teneur en argile variant énormément d’une terre à l’autre, il me semble périlleux d’utiliser une recette trouvée dans un bouquin ou sur internet sans l’avoir testée préalablement (minimum 10 jours avant pour avoir une idée du résultat sec). Nous avons réalisé des tests de recettes en petit (20cm x 20). Il faut sélectionner celui qui n’a pas fissuré et qui a quand même une bonne cohésion (pas trop de grains de sable qui se détachent en passant la main une fois sec). Quand vous avez « la bonne recette », faire un test d’1m x 1m me semble judicieux. On l’a pas fait et on a eu des surprises (des fissures) les premiers bouts de murs, en effet la rétractation n’est pas le même sur une grande surface que sur une petite.

Préparation

La préparation au malaxeur c’est (très) physique. Les recettes d’enduits sont annoncées juste après. Mais je voulais aborder le dosage en eau. Pour avoir un enduit chouette à appliquer, j’avais 2 critères. Je prenais une poignée d’enduit que je « splatchait » dans ma main celle-ci devait :

  • Paume vers le ciel : rester ferme. Si la boule s’affaisse d’elle même c’est qu’il y a trop d’eau
  • Paume vers le bas : coller à la main. Si la boule ne colle pas c’est qu’il manque peut être un peu d’eau (ou pas assez d’argile mais ça normalement c’est une constante qui a été testée…)

Attention, quand vous ajoutez de l’eau au mélange, ça peut très très vite être trop avec pas grand chose… Allez y petit à petit, mélangez, testez…

Application

Si on applique la 1er couche d’enduit, il faut appliquer de la barbotine (mélange terre + eau bien liquide) sur le support (ici des bottes de pailles). Dans notre cas, on a veillé à ce que la barbotine pénètre bien dans les fibres de la botte.

Si on applique la 2ème couche d’enduit, on mouille la 1ère couche juste avant.

On commence le mur depuis le haut pour aller vers le bas. C’est pertinent notamment parce que si on fait l’inverse, on peut avoir tendance à faire porter l’enduit qu’on est en train d’appliquer à celui qu’on a posé juste avant, sans vraiment chercher à le faire coller sur le mur. En commençant d’en haut, on est obligé de bien coller sur le mur si on veut avancer / que ça tienne…

Le geste c’est :

  • On prend une poignée d’enduit dans la gamate
  • On la « splatch » sur le mur en l’accompagnant (on ne lance pas la boule à 3m du mur pour les copains autour…)
  • La paume de la main l’étale vers le haut puis l’étale vers le bas afin de « refermer » l’enduit. Il ne doit pas y avoir de « creux » mais un dégradé d’épaisseur

Un bon enduiseur ne touche que 2 fois son enduit… (dans les faits, c’est balaise…). Il faut par contre éviter de trop le « patouiller » (comprenez lui appliquer des petites pressions avec le bout des doigts) sous peine de faire entrer de l’air, et donc de décoller celui-ci.

On attend légèrement que ça tire (que ça sèche) et on taloche pour rattraper les creux/les bosses et ça referme encore un peu plus l’enduit.

Ensuite quand c’est encore plus sec mais encore un peu tendre on vient griffer l’enduit (nous ça a été fait au râteau) pour que la couche suivante accroche mieux.

Intérieur : Terre paille

Ce qui est bien avec les enduits terre-paille, c’est qu’on peut les préparer à l’avance et même si ça sèche un peu, on remouille et c’est reparti… 🙂

Le corps d’enduit est constitué de 2 couches de 2cm chacune (Attendre le plus possible entre 2 couches. Quand la couleur change et que l’enduit durcit, c’est ok pour la seconde couche. Chez nous, ça a pris 2 semaines). Une couche de finition de 2cm viendra mais plus tard, au petit printemps, quand ces 2 premières couches seront bien sèches à cœur (2, 3mois).

Notre recette :

  • 3 volumes de terre tamisée à 0-10
  • De l’eau
  • 1 volume de sable 0-4
  • 4 volumes de paille hachée à la tondeuse (2 passes)

A ne pas reproduire sans test, lisez le début de l’article pour comprendre…

Nous avions une terre amalgamée en bloc plus gros que 10mm avec un bon pourcentage de cailloux. Pour limiter les pertes, je mettais plutôt 4 seaux de terre à tremper dans l’eau le plus longtemps possible (pour que les blocs d’argile se délitent) avec quelques coups de malaxeur de temps en temps pour accélérer le travail. On tamisait donc la terre mouillée (barbotine épaisse), ce qui est plus lourd mais qui permet de limiter le « déchet » (toutes proportions gardées, on parle de terre et de cailloux). J’avais environ 1 seau de déchet, d’où mes 4 seaux de terre au lieu de 3 initialement prévus.

Extérieur : Terre paille chaux

C’est plus compliqué de préparer les enduits extérieurs à l’avance, la chaux hydraulique commence sa prise trop rapidement.

Notre recette :

  • 3 volumes de terre tamisée à 0-10
  • De l’eau
  • 1 volume de sable 0-4
  • 1,5 volume de chaux NHL2
  • 4 volumes de paille hachée à la tondeuse (2 passes)

A ne pas reproduire sans test, lisez le début de l’article pour comprendre…

Retour d’expérience

De l’air…

La 1ère couche a subi quelques déboires… En effet, un mauvais geste à l’application (et une préparation du mur pas assez rigoureuse en amont) a eu pour conséquence de laisser de l’air sous l’enduit. Donc à certains endroits, l’enduit n’accrochait pas le mur… Heureusement pour nous, le mur nous l’a dit : il a fissuré très rapidement à ces endroits-là, et une pression de la main suffisait à se rendre compte qu’il n’y avait rien derrière… Du coup on est passé partout pour vérifier, et on a gratté les bulles d’air. On a ensuite rebouché avec de l’enduit.

Le mauvais geste, c’est qu’on ne refermait pas l’enduit en bas (juste en haut) et comme on monte le mur de haut en bas, la bousée du dessous laissait parfois un peu d’air à l’application entre l’enduit et la paille.

Rattrapage de mur

On peut pas dire que nos murs étaient les plus droits du monde. Il y avait de la courbe, du creux, de la bosse (avant l’enduit). Il y avait beaucoup trop à rattraper avec de l’enduit pour arriver à un truc joli. Du coup, une amie spécialiste de la terre nous à conseillé de faire des « galettes ». On parle pas ici de galette au sarrasin, mais à la terre hein… C’est ce qui est utilisé pour retaper les maisons en bauge.

La galette c’est :

  1. Sur une table, poser de la paille (non hachée), les brins à l’horizontal
  2. Tartiner ça d’enduit
  3. Poser une autre couche de paille mais cette fois à la vertical (histoire d’armer le tout)
  4. Maroufler la paille dans l’enduit sur chaque face de la galette
  5. Face au mur, appliquer une fine couche d’enduit
  6. Appliquer la galette comme on appliquerait de l’enduit (on referme bien sur les côtés, on veille à ce qu’il n’y ait pas d’air en dessous…)

Ficelle des bottes sur champs

Nos bottes dans les murs sont sur champs. J’ai déjà évoqué les plus et les moins du choix sur champs/sur plat. Mais, en rond, sur champs j’avais sous estimé l’aspect pénible surtout pour l’enduit intérieur. En effet les bottes prenant le rond, elle se courbent, la ficelle « baille » à l’intérieur et ne touche plus la paille. Pour l’enduit c’est parfois pénible car il faut bien mettre la dose d’enduit sous la ficelle sinon il y a un trou d’air, ça veut dire fissure, ça veut dire mur mou à cet endroit, ça veut dire on gratte cet endroit et on recommence…

Descente de charge du toit

En construction « paille porteuse » (aussi appelée technique Nebraska), il est courant qu’après montage de la charpente, le murs de paille se tassent, c’est attendu. Il faut que le tassement ait opéré avant d’enduire les murs, pour éviter de faire porter toute la charge du toit aux enduits en question, même s’ils sont capables de compenser une charge ponctuelle (exemple : neige humide)

Il est courant en paille porteuse de pré-compresser le mur avec des sangles de camion, ça permet de pouvoir enduire les murs plus rapidement. De notre côté on a préféré attendre. Attendre que le mur se tasse naturellement en mettant le toit en charge. On a donc monté la charpente puis tout le complexe nécessaire à la végétalisation du toit (EPDM, géotextile, tuile, terre…) et enfin on a attendu la pluie (une bonne nuit à 30mm) pour que la terre, la tuile s’imprègnent d’eau, pour avoir notre « charge max « . Bien sûr il est possible que le toit encaisse une charge supplémentaire quand il y aura de la neige, mais par chez moi, si c’est 2 jours tout les 4 ans c’est bien le max, et ça tient pas longtemps… Les enduits pourront compenser…

J’ai pris des mesures à différents moment sur l’évolution voilà ce que ça donne :

Tableau de descente de charge

On observe un tassement de ~9% (soit ~20cm) qui a été progressif Tout au long de la mise en charge du toit.

Pour rappel : nos bottes sont compressé à 101kg/m3. qu’il n’y a pas de lisse haute et que les bottes sont posé à champs…

J’ai observé des déformations du mur à certains endroits depuis cette mise en charge, ça fait « la bulle » vers l’extérieur. Cela nous fait gagner de l’espace et bon, pour l’instant ça tient le coup (je vais surveiller ça quand même…).

Chantier lisse basse

La lisse basse est constituée de contreplaqué marine 22mm sur 2 étages, en quinconce. La lisse sera fixée au sous bassement à l’aide de goujons (inox). Les goujons sont fixés dans les joints entre les blocs ponce, étant donné que ceux-ci sont creux. Entre le sous bassement et la lisse, il y a une bande d’arase (pour éviter toute remontée capillaire) ainsi qu’une compribande (~bande de mousse) pour compenser les irrégularités du sous bassement, ça évite les courants d’air 🙂

La marche que nous avons suivie :

  1. Assemblage des ‘lunes’ de contreplaqué au dessus du sous bassement en poncebloc, histoire de suivre celui-ci. Elles sont posées sur 2 étages, en quinconce, vissées (inox 4*40) et collées (colle à bois) entre elles. Les vis sont mises sous la lisse pour éviter autant que faire se peut le contact avec la paille (point de rosée)
  2. On perce la lisse (trou + chapelle) au niveau des joints de béton
  3. On retire la lisse
  4. On pose notre bande d’arase découpée en trapèze (j’ai du scotch pour faciliter la pose)
  5. On place la compribande
  6. On met les goujons, un petit joint de silicone autour (c’est peut être du zèle mais dans ma tête ça confirme l’étanchéité de la bande d’arase)
  7. On replace la lisse, on sert les goujons
  8. Bonus : casser le filetage du goujon avec une pointe pour éviter qu’ils ne se dévisse + un petit coup de silicone sur les têtes en inox (toujours pour le point de rosée)
  9. Apéro ! (c’est plus vite écrit que ça n’a été fait…)

Temps passé : découpe des « lunes » 1 jour-homme + 3,5 jour-homme pour la pose

A l’arrachement, le joint de béton isolant (pierre ponce) c’est pas foufou… Juste au serrage je penses que je pouvais quasi sortir un goujon sur trois mais bon c’est pas fait pour l’arrachement, c’est plutôt fait pour les déformations horizontales (glissements), donc ça va tenir la route. Et vu le nombre que j’ai mis (un tout les 45cm, à chaque joint), ça devrait tenir.

Merci Sergio pour ton aide sur ce petit chantier 🙂

Hérisson, isolation du sol, ventilation

Sous notre dalle (qui sera en béton de terre coulée), nous avons choisi de faire un hérisson isolé.

Selon Wikipédia, un hérisson :

En construction, un hérisson est une couche de moellons placés sur chant, ou de pierres concassées ou roulées sur une épaisseur avoisinant les 25 cm, posé sur un sol en terre battue recouvert d’un centimètre de chaux hydraulique.

Il sert d’assise à une dalle sur terre-plein.

Il sert également à bloquer les remontées d’humidité, en remplacement d’un vide sanitaire.

On appelle cette technique « hérisson » parce que les pierres sont dressées à la verticale un peu comme les piquants d’un hérisson. Les vides entre les pierres, le faible nombre de points de contact entre elles fait que l’eau, s’il y en a un peu sous la maison, ne peut pas remonter par capillarité

Ventilation

Ce hérisson est ventilé par un drain d’air. Il y aura une entrée basse et une sortie haute, noire, pour favoriser le tirage naturel. Le drain d’air permet d’éviter les remontées capillaires dans les murs. Il libère les soubassements d’un excès d’humidité. Le drain d’air doit être placé largement au dessus du drain d’eau afin qu’il ne devienne un drain d’eau. Le drain d’air doit se trouver sous la couche isolante (sinon c’est comme si on avait pas isolé…) Il existe une très bonne documentation sur le drainage air/eau sur le site d’alliance4. Des baissières seront installées en amont de la maison afin de canaliser le ruissellement des eaux (l’eau venant des champs situés en amont).

Des petits schémas :

La mise en œuvre du drain d’air  :

Ce drainage d’air limiterait aussi le risque de gaz Radon dans l’habitat (valable dans les zone à risque).

Isolation

Ce hérisson sera aussi isolé avant de poser la dalle. Pour ceux qui doutent de la pertinence d’isoler le sol en pensant que c’est bien de profiter de l’inertie de la terre : oui c’est vrai, mais ça se fait pas comme ça, il faut mettre beaucoup d’isolation en profondeur sur la périphérie pour que ça fonctionne (du détail dans cette discussion), c’est pas simple. Et après avoir discuté avec des gens qui n’avaient pas mis d’isolation du tout au sol, ils m’ont avoué que c’était peu confortable l’hiver…

Pour faire un hérisson et l’isoler, la méthode la plus conventionnelle, c’est : cailloux + polystyrène. La méthode plus conventionnelle avec des matériaux moins cacaboudin, c’est cailloux + liège ou dalle chaux chanvre.

De notre côté nous avons choisi de le faire en Misapor. C’est un produit issu du recyclage du verre. Il a l’avantage d’être drainant, non capillaire et isolant. Du coup ça m’évite d’avoir à mettre des cailloux + du liège, et économiquement je m’y retrouve… Le Misapor arrive de Suisse, le liège du Portugal, là encore niveau bilan carbone, ça doit être kiff kiff bourricot…

Pour le comparatif prix Misapor VS Cailloux + liège:

  • Prix Misapor  (40m² x ~0,30 d’épaisseur) = ~1 400 € pour un R > 3
  • Prix Cailloux + panneaux liège 12cm R de 3 : (43,7€ * 50m² = ~1700€ pour le liège) + 60€ de gravier…

La mise en œuvre en est très simple, on balance le misapor, on dame, c’est fait. En plus c’est beaucoup plus léger que le cailloux (~200Kg/m3) donc à brasser, c’est plus chouette.

Pour remplir nos 40m² sur ~30cm il nous en a fallu 12m3. On l’a acheté en big bag de 2m3 et on a été chercher ça avec une petite benne qu’on a louée (c’était bien moins cher qu’un transporteur) :

On a loué une petite plaque vibrante 30€ la journée à un maçon, et voilà le travail. Reste plus qu’à faire la dalle en terre mais ça, c’est une autre histoire et ça sera plus tard…

Rond VS carré : 11% d’économie de matériaux en construisant du rond

Oui, construire en rond, c’est pas seulement beau (de mon point de vue), c’est pas seulement harmonieux (pareil), ça semble aussi plus économique/écologique.

La démonstration mathématique

Pour le vérifier, on cherche à définir les périmètres respectifs d’un carré et d’un cercle de même surface.

Prenons une surface de 100m².

Voici une formule pour trouver le périmètre d’un carré avec sa surface : P = 4 √x (où x est la surface).
Dans notre cas, P = 4 √ 100 = 40m

Voici une formule pour trouver le périmètre d’un cercle avec sa surface : P = 2 π √( x/π ) (où x est la surface).
Dans notre cas P = 2 π √( 100/π ) = 35,45m

Construire en rond fait économiser 11% de matériaux.

Petit tableau avec différentes surfaces :

Source du document au format ODS

Alors quoi, les animaux et les peuples qui construisent en rond (nid, terrier, tipi, igloo, yourte, grotte, case…) ont (in)consciemment compris ça et pas nous ?

Le bémol

Le bémol c’est qu’on vit dans un univers carré, les industriels produisent du carré, des parallélépipèdes. Donc a moins d’optimiser, d’utiliser au maximum des matériaux qu’on peut contraindre à faire du rond (bambou, paille…) ou qu’on peut façonner (la terre) il y a de la perte quand on fait un rond avec du carré. Par exemple, mon plancher de yourte est constitué de lames de parquet rectangle : quand on coupe le rond, ça fait un peu de perte… Par contre, les murs en paille enduits de terre forment un rond parfait, sans perte (la botte de paille étant « souple », elle se contraint à la courbe).

Spéciale dédicace à Nico et Juliette 😉 qui m’ont donné ce tuyau. Merci à Marion pour les calculs mathématiques.