Un beau jour… ou plutôt une nuit, où on a entendu ce que certains appellent « l’horloge de la mort ».
Un tout petit bruit, très sourd, très fin. Un tac-tac discret, qu’on pourrait confondre avec le pivert mais en moins sonore… sauf que non : ce bruit-là, dans une charpente, c’est celui d’un insecte xylophage — ici de la vrillette, connue pour ses coups de tête répétés dans le bois.
Les premiers signes visibles : des trous
En inspectant la charpente, on a commencé à voir des signes concrets :
- Des petits trous dans le bois
- Il peut y avoir aussi de la sciure/ vermoulure (fine poussière de bois) au sol. Chez nous, ce n’est pas visible car c’est dans l’espace de vie : au sol, le peu qui tombe a du se faire éparpiller, balayer…
- et ce bruit nocturne, audible surtout quand tout est silencieux. Mais pas continuellement, uniquement pendant la période de reproduction…
On a fait confirmer le diagnostic par des professionnels (après un pré-diagnostic de notre côté, en comparant avec des contenus sur les insectes xylophages) : c’est bien des vrillettes.
Comment elles sont arrivées là ?
Il y a plusieurs vecteurs possibles, et dans notre cas, le plus probable est le suivant :
1) Une perche déjà “habitée” en provenance de la forêt
On a surtout une perche de charpente nettement plus attaquée que le reste, et quelques trous dans 2 autres perches mais très peu. Ça peut laisser suggérer que cette pièce de bois est arrivée avec ses habitants, qui ont ensuite pu essaimer.
2) Le bois de chauffage
Autre possibilité : le bois de chauffage peut transporter des insectes xylophages. J’en ai déjà vu/entendu dans des bûches. Mais vu la concentration sur une perche précise, je pense plutôt à une pièce de bois déjà infestée dès l’origine.
Contexte : une charpente non traitée, volontairement

Le choix initial, c’était du bois de la forêt à côté, posé le plus brute possible (moins de transformation) du coup pas de traitement… On voulait une maison “écolo”, et je ne voulais pas mettre de produits biocides dans la maison. On a pourtant utilisé des essences réputées plutôt intéressantes :
- Châtaignier pour la charpente réciproque (un bois qui contient très peu d’aubier – la partie tendre qui est préférée par ces insectes) ;
- Douglas (volige), non traité également. Acheté brut de sciage dans une scierie.
Plus j’en parle autour de moi, plus je me rends compte que je ne suis pas seul… dans des rénovations, c’est très fréquent. Dans les communes alentours, il y a aussi présence de termites, mais j’espère ne pas avoir à rédiger un article à leur sujet.
Une vrillette, c’est quoi exactement ?

Une vrillette est un insecte xylophage : il pond dans le bois, puis ce sont surtout les larves (pas les adultes) qui creusent des galeries pendant longtemps.
Points importants (et souvent contre-intuitifs) :
- Les trous visibles sont souvent des trous d’envol des insectes adultes.
- Ne pas voir de trous ne prouve pas qu’il n’y a rien : ça peut simplement vouloir dire que les larves sont encore “dedans”, pas encore sorties.
- Le stade larvaire peut durer plusieurs années : on trouve couramment des ordres de grandeur entre 1 et 10 ans selon l’espèce et les conditions (température/humidité).
Le bruit “horloge de la mort” est associé à la vrillette. Lors de la reproduction, l’insecte donne des coups de tête pour attirer son partenaire.
Gravité : pas critique… mais pas “rien”
On a fait venir quatre experts. On a eu quatre avis différents sur les détails (essences, priorité de traitement, etc.), mais ils étaient unanimes sur un point : ce n’était pas une situation critique.
Le bois est encore dur :
- on ne peut pas enfoncer un tournevis dans un trou, ni “arracher” du bois ;
- ce n’est pas du bois devenu “mou” ou réduit en poudre.



Bref : on l’a pris à temps ! En l’état, au vu des sections de bois, les professionnels nous ont dit que le risque structurel serait à considérer d’ici ~50 ans.
Pour l’instant, c’est surtout le châtaignier qui est contaminé, avec une perche nettement plus touchée + deux petits bouts ailleurs. Le Douglas n’a pas de trace visible (ce qui ne veut pas dire que les larves ne sont pas déjà dedans). Certain expert nous ont dit « étrange c’est rare le châtaigner avec des vrillettes », d’autres ont dit « ha le douglas là il va vite être contaminé », le suivant « ça n’ira pas dans le douglas » l’autre : « probablement que le lait de chaux sur votre douglas a ralenti le passage ».. Bref les cloches ne sonnent pas à l’unissons…
Décision : traiter… mais pas forcément tout
Décision est prise d’agir. Même si la maison ne risque de tomber que dans 50 ans, j’aimerais qu’elle tienne plus longtemps… On va donc traiter la partie paillourte ronde (là où on a des signes). L’extension, pour l’instant, n’est pas attaquée (neuve en même temps), donc on surveille… On ne traite que le châtaignier. La partie douglas n’est pas traitée “pour l’instant” : ce serait plus lourd (notamment parce qu’il faudrait retirer les finitions/peintures pour le traitement), et en plus elle n’est pas attaquée à ce stade → donc surveillance.
Aussi, ça me parait primordial que la charpente en châtaigner tienne longtemps. Si les voliges sont mangées, au pire, on a un morceau de botte de paille (qui isole la toiture) qui tombe, mais pas toute la toiture…
Le traitement choisi : un traitement “au gel”
Le traitement prévu est un traitement à base de gel appliqué sur les perches de châtaignier.
D’après ce qu’on nous a expliqué :
- le gel pénètre sur les premiers centimètres du bois
- l’application se fait au pinceau (selon produit et méthode)
- on prendra des précautions : ne pas rester dans la pièce, aérer, etc.
Le traitement est prévu au printemps, et on va s’organiser pour ne pas être sur place pendant environ une semaine, le temps que tout soit fait et que ça ventile correctement.
Oui, c’est un produit biocide (insecticide / fongicide). Le but est simple : tuer les petites bêtes.
Les alternatives envisagées (et pourquoi on n’a pas retenu)
On a regardé des solutions plus “écolo” à appliquer, mais on n’a pas trouvé de solution qui nous paraisse apporter des garanties sérieuses (retour d’expérience, efficacité, cadre pro).
On a notamment envisagé le traitement thermique : chauffer le bois à cœur à une température létale (autour de 55°C, selon les méthodes) permet de tuer les insectes.
Mais on a retenu un point important : c’est surtout curatif, pas réellement préventif. Et sur une charpente en place, c’est en plus complexe à mettre en œuvre.
Du coup : dans notre situation, on préfère un traitement qui stoppe l’activité et limite le risque d’y revenir dans quelques années…
Le dilemme écolo (et la question qui fâche)
Il reste une question de fond : est-ce qu’il vaut mieux une charpente traitée qui dure plus longtemps, ou une charpente non traitée qu’il faudra reprendre/renouveler plus souvent (avec l’impact écologique de refaire, reconstruire, remplacer) ?
On n’a pas une réponse parfaite. Mais on a fait un choix pragmatique : traiter maintenant, tant que ce n’est pas critique.
