Après le 1er hiver…

La paillourte a passé son premier hiver, avec lui nous avons eu des déconvenues (plus ou moins pénibles) et des bonnes surprises. Commençons par le positif :

La paille du toit

L’isolation paille en toiture m’avait été déconseillée par certain, d’autres m’avaient dit c’est ok avec un système de ventilation, d’autres que c’était ok mais surtout pas de ventilation… Mais aucune des personnes que j’ai contactées avec une toiture similaire (végétalisée/EPDM, isolée en paille avec ou sans ventilation) n’était capable de me dire comment était la paille après plusieurs années, personne n’avait eu la curiosité de soulever l’EPDM…

Et bien j’y suis allé, avec beaucoup de stress / appréhension. Ça allait être une heure de vérité, soit tout était ok et c’était une victoire, soit c’était tout une toiture à refaire / revoir… et j’avoue que ça m’aurait plombé le moral, car je commençais juste à entrevoir la fin du chantier… ça l’aurait sacrément rallongé…

Le verdict : C’est OK !!!

Le bémol c’est bien sûr que ça ne fait que ~9 mois de vie, mais pour le moment la paille est en très bon état, très sèche, peut être même plus sèche qu’au moment de la pose (étrange…). Tellement sèche que l’humidimètre affiche « LO », traduisez : « taux d’humidité trop bas pour être mesuré » (donc <8% de mémoire sur la notice)

La paille des murs

Là, c’est un peu plus étrange. Elle semble plus humide qu’au moment de la pose. En effet à la pose on était <12% d’humidité et là on est entre 15 et 18% (testé uniquement à 2 endroits du mur). Rien d’alarmant cependant c’est peut être dû au fait que l’enduit n’est pas complètement sec (après 6 mois de pose + le fait que ça soit l’hiver…) Si vous avez un éclairage, je suis preneur. En tout cas je surveillerai ça…

Descente de charge

J’avais fait un article sur la descente de charges observée (tassement des bottes avec le poids du toit). J’ai continué à prendre des mesures, parce que ça a continué à descendre après l’article… De pas grand chose (~2cm contre ~20cm évoqué dans le premier article)

Condensation EPDM / clocheton

Au niveau du clocheton, la jonction entre l’isolant et l’EPDM n’est pas franche, vue la forme de la charpente réciproque à cet endroit-là, c’est pas simple… De ce fait, quand on a jouté le clocheton, la lisse à fait « remonter » l’EPDM à certains endroits autour du clocheton. Ce qui fait qu’il y a de l’air qui circule côté intérieur sous l’EPDM et celui-ci peut être d’une température nettement différente à l’air qui circule au dessus de l’EPDM = condensation. Cet endroit étant très pénible à isoler on a opté pour une petite isolation par l’extérieur. On a fait des « chaussettes » remplies de liège en vrac, et on a entouré la périphérie du clocheton avec. On a remis les cailloux autour et voilà, plus de condensation. Le liège a été utilisé ici pour ses propriétés imputrescibles. Le liège a aussi la particularité de garder son pouvoir isolant même trempé (ce qui n’est vraiment pas le cas de beaucoup d’isolants).

Je confirme que ça nous a réglé le problème ! Depuis, plus de condensation à cet endroit.

Condensation rampant clocheton

Toujours la condensation… Définitivement c’est pas simple à gérer… Quelques semaines après avoir terminé le clocheton, je me suis aperçu qu’il y avait des traces d’humidité sur un montant. J’ai démonté le contreplaqué de « parement » et je n’ai pu que constater de la condensation sur le frein vapeur en papier kraft (deux épaisseurs).

En démontant, j’ai constaté que la condensation s’est formée là ou le contreplaqué ne touchait pas l’isolant (donc que de l’air circulait). J’ai démonté une plaque d’isolant pour être certain que ça ne provenait pas d’une infiltration d’eau… Et non c’est bien de la condensation : l’isolant est ok et les rampants étaient bien sec, sans trace de quoi que ce soit d’anormal (à la limite, je préfère ça…)

Pour le moment, ce problème n’est pas réglé. Pour éviter la condensation, de ce que j’en sais, il faut soit une lame d’air pour qu’elle puisse sécher, soit pas du tout de circulation d’air. Dans mon cas, la 1ère option parait plus faisable… Si vous avez une suggestion je suis preneur !

Le clocheton en guise d’ouverture centrale

La paillourte est en train de passer du statut de maison à celui de lieu de culte :-p. En effet, elle est maintenant coiffée de son clocheton (un clocher vitré au centre de la charpente réciproque).

On a choisi de faire un clocheton – et non un dôme comme on avait sur la yourte – afin d’éviter les surchauffes de l’été. Le soleil étant plus bas l’hiver, on pourra quand même faire entrer de la lumière. Il y a des chances pour que ça nous apporte moins de lumière que le dôme c’est le compromis avec la chaleur excessive de l’été….

Notre clocheton est composé de 8 faces dont :

  • 5 vitrées châssis fixes
  • 1 vitrée en fenêtre ouvrante oscillo-battante (pour pouvoir aérer)
  • 2 faces closes, isolées, au nord. Elles sont fermées par une plaque d’alu à l’intérieur pour l’effet réfléchissant, histoire de tirer un maximum de bénéfices de la lumière venant du Sud.

On a choisi une seule fenêtre ouvrante parce que les fixes coûtent 2 à 3 fois moins cher, et je pense (j’espère) que c’est suffisant pour faire circuler l’air en en été…

La couverture est faite de tuiles plates. Ça me semblait plus simple de faire des découpes sur des tuiles plates (et il y a beaucoup de découpe à faire sur tous ces petits pans). Au départ, j’étais parti pour faire des bardeaux avec le reste de châtaigner de la charpente, mais j’étais pas certain d’en avoir suffisamment, et vu qu’il y a la sortie de poêle, ça me sécurisait pas trop de mettre du bois à cet endroit.. (ha les peurs..)

Lisse sur la charpente

Pour pouvoir poser notre clocheton, il nous fallait une base « droite », on a donc entrepris de poser une lisse avec 2 couches de contreplaqué collées/vissées, solidarisées avec des tire-fond à la charpente. La charpente réciproque m’aura encore valu quelques suées… En effet, elle n’était pas du tout droite au centre.  Après avoir taillé des plats sur ma charpente, je me suis amusé à « caler » les point bas pour avoir une lisse ~droite à la bulle. Ensuite cette lisse est assemblée à la charpente avec des tire-fond.

Pré-assemblage

Le clocheton a été découpé / pré-assemblé au sol pour faciliter son montage une fois là-haut. Les sections de bois sont en douglas. C’est du : 4,5×9,5 pour les « pré-cadres » de fenêtre, du 12,4×12,4 pour les poteaux et du 4,5×14,5 pour les rampants. Voilà un bref schéma de comment ça se passe :

Schéma du clocheton vue en coupe

Et voilà le pré-assemblage :

Les fenêtres sont en bois, plaquées alu à l’extérieur. C’est un peu plus cher à l’achat, mais ces fenêtres ne seront pas protégées par un débord de toit, le choix du bois en extérieur ici aurait été très énergivore en terme d’entretien.

Assemblage

Le jour J, un jour presque beau… Où on a tout réassemblé en haut.

La petite charpente tient avec un système de clef sur toute la hauteur au centre (en chute de contreplaqué marine). On a mis du joint sous les fenêtres, mais aussi sous les poteaux, pour que l’eau ne ruisselle pas entre l’EPDM et le poteau jusque dans la maison (au début on en avait pas mis sous les poteaux… c’est arrivé, il a fallu retirer les fenêtres, soulever le tout avec un cric de voiture… bref…)

Un écran sous toiture / part pluie respirant (SD 0.02) à été posé le même jour.

Les fenêtres sont fixées avec des grandes vis, jointées avec une compribande et du silicone.

Couverture et sortie de poêle

La couverture est en tuiles plates 17×27 qu’on a récupérées d’occasion (60€ les 600 tuiles jamais montées). Heureusement parce que pour si peu (il nous en fallait ~300), aucun distributeur ne voulait se bouger… On est parti sur une toiture avec une pente à ~35° avec écran sous toiture. L’écran sous toiture nous permettait de diminuer la pente (on a fait au minimum) pour pas faire trop tâche avec le reste du toit à ~18°. Les tuiles sont recouvertes sur 9cm, elle se recouvre donc par 3 fois.. L’écran sous toiture est perspirant, il sera agrafé avec de l’agrafe inox et les liteaux sont  cloués par dessus. Ensuite les contre-liteaux sont posés afin d’aménager une lame d’air entre l’écran et les tuiles.

Voilà comment ça se passe :

Il a fallu commencer par découper des demi tuiles (ou 2/3 de tuile plus exactement) pour le bas de pente, puis les percer. En effet, les tuiles que j’ai récupérées ne le sont pas, les tuiles que j’avais vues l’étaient, et j’ai lu qu’il est bon d’en clouer 1/5… je dois en avoir cloué 2/5, un peu plus côté ouest…

Les arêtiers ont été traités avec des tuiles Canal de récup’, montées au mortier chaux (3 sable pour 1 chaux). Au sommet, l’idéal aurait été un poinçons / épi de faîtage (discussion ici) mais outre le fait que l’esthétisme de la chose est discutable, ça coûte vite 200€ (sachant que j’en ai pour 60€ de tuiles pour le tout, ça n’aurait pas eu de sens…) et il n’en font pas à 8 faces irrégulières :-p. J’ai donc pris le parti de monter jusqu’en haut avec des tuiles Canal, j’ai glissé une chute d’EPDM au sommet que j’ai noyée dans un mortier hydrofuge (avec adjuvant donc – pour le sommet seulement). On verra dans le temps, c’était une solution simple et peu coûteuse. La prise de risque est minime, il y a un écran sous toiture en dessous et même si ça devait s’infiltrer, c’est du douglas, il y aurait juste 4m² d’isolant à changer… ça va…

J’ai acheté 1m15 de tuyau double peau pour traverser tout mon rampant et sortir à 40cm au dessus du faîtage (partie la plus haute du toit) pour éviter les perturbations (dans les faits, j’ai pas été si haut, vue la petite toiture ça devrait bien se passer)… Là-dessus, j’ai acheté un solin, un chapeau chinois, un support de fixation… ça fait un gros billet à sortir (~450€). Tout ça peut se bricoler, un tuyau double peau c’est un tuyau dans un tuyau avec de l’isolant ignifuge, un chapeau chinois c’est jamais qu’un bout d’inox avec 3 rivets (plein d’astuces pour faire ces trucs-là dans le manuel du poêlito)… Mais ayant vécu un incendie, maintenant je ne joue plus avec le feu :-p.

Mon écran sous toiture (part pluie) n’était pas ignifuge, donc j’ai découpé un morceau d’aluminium à l’emplacement de la sortie de poêle pour respecter les distances de sécurité avec les matériaux inflammable (8cm pour mon tuyau).

J’ai bricolé un support pour tenir le tuyau d’évacuation en partant de l’achat d’un collier pour haubaner (c’est le moins cher), ensuite j’ai fais des pattes avec des feuillards qui me restaient de la charpente. Le solin lui a été découpé (forcément il en font que des carrés), les bord on été rabattus dans le cas ou l’eau chercherait à s’infiltrer (le mortier des tuiles d’arête n’adhère pas vraiment sur l’inox, c’est donc plutôt sage…)

Ha j’ai aussi ajouté un petit grillage pour éviter que les oiseaux ne viennent faire leur nid entre les tuiles et l’écran sous toiture… histoire de pas pourrir mon isolant et que j’ai à recommencer..

Des ressources pour les tuiles plates qui m’ont aidé (c’était la 1ère couverture en tuiles plates et en tuile tout court pour moi…) :

Isolation du clocheton

Le clocheton est isolé dans les rampants avec 145mm de panneau de fibre de bois ce qui nous donne un R de ~4. C’est pas foufou comparé à la paille, mais c’était compliqué de mettre plus sans que ça ne paraisse énorme. Bon et c’est aussi sur un cercle de 2m²… comparé au ~49m² de toiture autour, c’est pas grand chose…

J’ai isolé par le dessous. C’était pénible, mais ça m’a permis de mettre rapidement hors d’eau (c’était l’hiver) et de travailler au sec. J’ai constitué des patrons en kraft que j’ai ensuite reportés sur l’isolant. Les rampants ont été fermés avec un contreplaqué.

En guise de frein vapeur, j’ai utilisé du papier kraft « normal ». Je n’ai pas réussi à déterminer le SD de celui que j’ai acheté. Le papier kraft isover vendu avec la laine de verre est donné pour un SD compris entre 1 et 3. Mon kraft étant plus fin j’ai cru bon d’en mettre 2 couches histoire d’être sûr (sans confirmation que ça change quelque chose au SD…). Il faut que le SD intérieur soit 5 fois supérieur à celui du côté extérieur pour que la traversée de l’humidité soit bonne. Mon écran sous toiture a un SD de 0.02 donc même si le kraft fait 1, je suis large de ce côté-là.

Le rampant qui accueille la sortie de poêle a été isolé en laine de verre récupérée d’une fin de chantier (pour son côté ignifuge).

Ouverture de la fenêtre

Le clocheton possède une fenêtre ouvrante en oscillo-battant. J’ai cherché plusieurs moyens « lowtech » de l’ouvrir (tringle, vis sans fin, câble…) mais rien de satisfaisant. J’ai donc opté pour le moteur électrique. De toute façon, avec mes panneaux solaires, c’est ok : le moteur consomme peu et la fenêtre sera surtout actionnée l’été (période de quasi abondance en électricité solaire…)

Coût humain et financier

Temps passé : ~25 jours homme

Au total pour ce clocheton j’en ai eu pour ~2700€ (une grosse partie de ce coût était inclus dans le 1er bilan de fin de chantier)

Fenêtre pour clocheton1 588 €
Bois clocheton240 €
Lisse clocheton170 €
Isolant clocheton45 €
Sortie poêle453 €
Moteur fenêtre153 €
Part pluie / écran sous toiture30 €
Tuile plate (occasion)60 €

Premiers retours

Ce mini édifice sur le petit édifice m’aura pris beaucoup de temps. Je suis content du rendu, la lumière à l’intérieur est bien présente (même plus que ce que je m’étais dit) mais c’est pas aussi lumineux qu’avec le dôme de la yourte. Ça évitera par contre j’en suis sûr les surchauffes de l’été (on peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre et…). Ceci étant, pour la lumière, c’est compliqué de se rendre compte car les enduits intérieurs vont être éclaircis avec l’enduit de finition, idem pour la dalle. Je tâcherai de faire un article après 1 ou 2 ans pour revenir sur ce point.

Si c’était à refaire, j’envisagerais peut être de faire un dôme comme la yourte mais en verre avec une partie ouvrante (indispensable pour l’aération) et un sur-toit démontable qui serait mis juste l’été. Même si combiner « aspect démontable » et « résistance en cas de grand vent » n’est pas toujours simple, ça pourrait valoir le coup d’essayer parce que je pense (pure spéculation) que ça peut être moins de temps et d’argent à fabriquer…